mercredi 24 septembre 2008

Gabon : La Fagaricine 532 un espoir pour les malades du Sida

Le professeur Bruno Eto, directeur du laboratoire TBS Transcell-Lab de la faculté de Médecine Xavier Bichat de Paris, a présenté le 23 septembre dernier à l'Institut de l'économie et des finances (IEF) de Libreville son nouveau médicament, la Fagaricine, un puissant immunostimulant naturel qui ouvre de nouvelles perspectives pour le traitement des malades du Sida, notamment pour les enfants et les femmes enceintes pour qui le traitement est compatible. La Fagara est une plante typiquement gabonaise déjà largement utilisée dans la médecine traditionnelle locale. La Fagaricine est l'un des premiers médicaments issu de la pharmacopée traditionnelle qui parvient à obtenir les agréments de l'OMS Afrique et l'OAPI. Le professeur Eto, éminent chercheur et enseignant dans diverses universités à travers le monde, explique dans cette interview la portée de son nouveau médicament et la situation actuelle de la recherche pharmaceutique en Afrique.
Quelles sont les spécificités de votre médicament?

Les spécificités de ce médicament sont simples. Pour ce qui concerne la Fagaricine 532, c'est un immunostimulant. Les immunostimulants sont des médicaments qui renforcent l'immunité de l'organisme. Ce n'est pas un antirétroviral qui lutte contre le virus en tant que tel, mais les tests cliniques et tous ce que nous avons faits comme recherche nous ont montré que c'est un immunostimulant, c'est-à-dire que ceux qui ont un immunité faible doivent prendre cela, pas seulement ceux qui ont le Sida. Les gens qui sont immunodéprimés avec toutes les autres maladies de l'informel et toutes les autres maladies qui détruisent les défenses de l'organisme peuvent prendre ce médicament.

Pensez-vous que ce médicament est une découverte majeure dans le cadre du traitement du Sida ?

Je pense que ce médicament est une découverte majeure parce que c'est le premier immunostimulant naturel qui a fait tous les tests et que l'on a travaillé de manière industrielle. Tous les gens vous dirons qu'il y a des immunostimulants naturels, c'est sûr qu'il y en a, mais c'est traditionnel, les gens les grattent et les boivent dans les verres, et on n'a pas fait des études scientifiques dessus. Là c'est au moins un pour lequel on a fait des études scientifiques et où on est passé par la phase de l'industrialisation, on a fait des comprimés. Il en existe beaucoup dans la nature, en Afrique, dans les villages, il existe des immunostimulants. J'ai vu des guérisseurs qui font la même chose que moi mais c'est encore à l'état traditionnel. Mais là c'est le seul produit qui est parti en phase industrielle, où on peut suivre la dose, le médecin peut le prescrire, on peut le stocker comme tous les autres médicaments.



Dans les pays où ce médicament est commercialisé, quel est l'accueil réservé à ce produit?

En fait les gens font toujours la confusion. Ce sont des termes techniques, puisqu'on leur donne les ARV, des antirétroviraux gratuitement. Ils disent que comme on leur donne des médicaments gratuitement, ils ne vont pas acheter la Fagaricine 532. Mais ce sont deux choses différentes. Donc ce n'est pas un ARV, c'est un immunostimulant, mais les gens qui en prennent se portent bien. Il faut qu'on passe à la phase des grandes distributions industrielles parce que les gens en ont besoin. Les gens commandent, même en Europe, les gens commandent déjà en Afrique, en Russie. Ils sont obligés de prendre ce médicament dans les pays d'Afrique où nous avons déjà l'autorisation pour leur envoyer cela comme complément alimentaire parce que ce n'est pas autorisé. En France on n'a pas demandé l'autorisation à cause du lobbying pharmaceutique, tout ce lobbying que vous savez contre le virus du Sida.

Et il est reconnu au niveau des grandes organisations internationales qui font loi en la matière.

Les grandes associations internationales sont là pour se faire de l'argent d'abord. Elles demandent l'argent donc il faut qu'elles le demandent aux Etats et les Etats favorisent d'abord les industries pharmaceutiques qui sont dans leurs Etats. Les américains vont financer les produits qui sont fabriqués presque que par les laboratoires américains, les européens pareil. Mais comme il n'y a pas de laboratoires africains, les africains devraient aussi financer leurs médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle. Mais comme ils n'ont rien et qu'ils ne peuvent pas le faire parce qu'ils ne veulent pas le faire, la seule chose qu'on leur demande c'est de faciliter la distribution des médicaments comme la Fagaricine. En Afrique ce sont des gens assistés, ils attendent qu'on leur emmène des ARV comment on leur donne cela gratuitement ! Mais ce n'est pas un ARV, c'est un immunostimulant donc c'est autre chose, c'est complémentaire.

Quel est le parcours de ce médicament ?les premières déductions, les essais cliniques etc.?

C'est un parcours de combattant ! C'est la première fois qu'on met au point un médicament. Tout le monde m'avait découragé en me disant que cela ne valait pas la peine. Pour fabriquer un médicament chimique il faut entre 150 000 et 1,5 millions de dollars US. Ce qui est venu à point, c'est la conférence de Bamako qui fait référence pour l'homologation des médicaments issus de la pharmacopée africaine. Ce sont les pays de l'Organisation Africaine de la Protection Intellectuelle (OAPI) et de L'Organisation Mondiale de la Santé Afrique qui ont faits ce référentiel. C'est ce qui nous a permis de finir le médicament parce qu on l'avait déjà fait. Mais les pays qui se disent grands pays, beaucoup des pays qui ont signés ce référentiel ne le respectent pas. Comme la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Cameroun n'en parlons pas. Ils hébergent L'OAPI mais ils n'en ont rien à faire. Mais par contre, d'autres pays qui ne font pas parti de l'OAPI ont trouvé ce référentiel très important, comme la République Démocratique du Congo qui adhère maintenant à ce référentiel en acceptent de donner des Autorisation de mise sur le marché (AMM). Il y a de grands pays comme le Nigeria et les pays anglophones qui ont trouvé que cela avait un effet formidable. Si on enlève 3 ou 4 pays qui jouent aux grands et qui traînent les pieds, les autres pays on peut travailler avec parce que cela fait un marché énorme. Quand vous avez le Nigeria pour vous, un marcher de 160 millions d'habitants, on n'a rien à faire de 18 millions ou de 12 millions qui nous cassent les pieds. Et de toutes façons, si cela passe au Nigeria, cela va passer dans tous les pays.

Quel est le coût de ce médicament, peut-il être accessible aux couches des populations africaines les plus défavorisées ?

La trithérapie des ARV coûte chère en France, au minimum 1200 euros par mois, alors que nous, cela ne va même pas coûter 60 euros par mois pour le traitement. Si l'Etat pouvait encore donner des subventions, cela coûterait moins de 50 euros par mois parce qu'on est encore à la phase industrielle. Les petites quantités coûtent cher et quand on va augmenter le rythme de production, cela va coûter moins cher. C'est vraiment un médicament pour les gens qui n'ont pas les moyens pour se soigner.

Au sortir du congrès africain des pharmaciens qui s'est déroulé récemment au Gabon, des solutions se dessinent-elles pour faciliter les recherches scientifiques et brevetages des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle?

On est en train de travailler là-dessus, j'étais au congrès au Gabon où j'ai été primé prix Galien des recherches Afrique. Quand je suis venu au Gabon j'ai rencontré ces gens mais en fait, ces conférences de pharmaciens c'est le business. Je pense qu'il faut faire le lobbying. Cela veut dire parler à toutes les équipes de directions des pharmacies individuellement et discuter. C'est plus efficace que d'aller là où les gens viennent faire le business et raconter des inepties. C'est pour cela que mon équipe et moi n'avons pas pris la parole. Mais je préfère encore venir discuter avec les chercheurs du pays et voir cas par cas. L'Afrique n'est pas si grande, même si c'est 53 pays, je vais les faire. Je prends du temps au moins on peut avoir une discussion franche et discuter.

C'est très cher pour faire un médicament. Je demande aux africains pour le médicament d'essayer de s'associer avec ceux qui s'y connaissent parce que cela coûte de l'argent. Rien que le brevet coûte énormément cher. Les Etats africains ont mis l'OAPI pour aider les chercheurs africains mais ils ont mis un système pour décourager. Je vous prend un exemple : L'Afrique peut vous permette de financer les brevets et la partie industrielle sur la mise au point des médicaments. Mais à l'OAPI, on vous demande 20% d'apport personnel et ils gardent ces 20% d'abord dans leurs comptes et puis on vous débloque les 80% de la somme qui reste mais avant de débloquer ladite somme, on vous demande d'amener une caution bancaire de la somme qu'on va vous donner. Alors je m'en vais vous prêter de l'argent, j'ai besoin de 1000 francs, vous me demandez de vous amenez 1000 francs de caution, cela n'a pas de sens.
Donc il faut que les chefs d'Etats cassent cela. On vous dit d'amener 100 euros pour qu'on vous donne 100euros, donner moi votre montre je vous donne l'heure !

Qu'est-ce qui vous a emmené à vous intéresser à la pharmacopée ?

Avant je travaillais sur les médicaments chimiques, je travaillais pour tous les grands laboratoires pharmaceutiques. Un chercheur africain qui se débrouillait sur les plantes médicinales m'a dit que l'avenir c'est sur les plantes, donc il faut aller dans ce sens pour aider l'Afrique et la science. Ici on a plus besoin de moi qu'en France. Mais je me suis dis que c'est une opportunité terrible et je ne savais pas que cela allait me ruiner, et ça m'a ruiné ! Mais comme je suis malin, je ne prends que les choses intéressantes aujourd'hui, la passion y est toujours mais maintenant c'est une passion raisonnée. Donc je ne me lance plus tête baissée parce que c'est bon, je me lance là où je peux avoir des partenaires qui peuvent nous aider dans les financements et pour le commercialiser. Si les Etats africains nous facilitent la commercialisation, s'ils voient que ce produit est bon et qu'ils donnent des petites subventions, même sans subventions, qu'ils achètent pour soigner la population au lieu de mettre des millions pour l'achat des ARV. Surtout pour les gens qui ne prennent pas encore les ARV, si les Etats africaines financent on s'en sort royalement et on peut aider toute la population.

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